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Mesdames de la Halle
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Le Mariage aux
Lanternes
Deux opérettes de
J. Offenbach
du lundi 14 au vendredi 18 janvier 2008,
Salle Adyar, Paris
Mesdames de la Halle
Opérette-bouffe en 1 Acte.
Musique de Jacques Offenbach
Livret d’Armand Lapointe.
Créée au théâtre des Bouffes-Parisiens le 3 mars
1858
L’œuvre est ambitieuse et constitue une étape
importante dans la carrière artistique d’Offenbach. Elle ne comporte pas moins
de dix rôles chantés alors que longtemps, Offenbach avait dû se contenter de
trois ou quatre personnages sur scène. Le tableau reste limité à un acte mais il
constitue un jalon essentiel sur la route menant aux chef-d’œuvres de la
maturité : Orphée aux Enfers, La belle Hélène.
La veine parodique est toujours bien présente en
particulier dans le septuor bouffe qui tourne en affectueuse dérision tour à
tour le grand opéra romantique de Meyerbeer et Halévy puis les œuvres de Gounod
- avec une " prière - hymne à la Nature " qui pourrait avoir sa place dans
Mireille.
L’œuvre reçoit un excellent accueil et on lit dans
la presse les louanges d’une musique qui fascine, remue les entrailles,
magnétise, plonge dans l’extase et qui en un mot est épatante.
Le livret propose les invraisemblances habituelles
du genre et présente, sur fond d’un grand marché aux fruits et légumes, une
orpheline (Ciboulette) qui, après bien des péripéties sentimentales et à la
faveur d’une révélation tardive et inattendue, retrouve une mère et un père qui,
eux-mêmes, étaient séparés depuis des années.
L’aspect le plus amusant est de faire chanter les
rôles des trois marchandes de légumes aux noms évocateurs (Mmes Poiretapée,
Madou et Beurrefondu) par trois hommes et le rôle de l’amant (Croute-au-Pot) par
une femme.
Synopsis de Mesdames de la Halle
Raflafla, Tambour Major désargenté, courtise tour
à tour chacune des trois Dames de la Halle : Madou, Beurrefondu et Poiretapée,
espérant qu’elles vont payer ses dettes. Malheureusement chacune est aussi
pauvre que lui et de toutes les façons elles sont toutes trois amoureuses d’un
garçon de cuisine, Croûte-au-Pot lequel est amoureux et aimé de Ciboulette,
jeune fruitière du marché. Mais Ciboulette n’a que 18 ans et a besoin du
consentement de ses parents pour l’épouser. Or, elle en a été séparée à l’âge de
trois mois.
Par une étrange coïncidence Madou et Beurrefondu
ont perdu leur fille à la même époque, et chacune est convaincue d’avoir
retrouvé sa fille.
Une violente querelle éclate et le Commissaire
arrive pour rétablir le calme. Il demande à Ciboulette des indices sur
l’identité de ses parents. La seule chose encore en sa possession est une lettre
écrite par son père. Il apparaît alors que ses parents sont Poiretapée et
Raflafla. Un peu dubitatifs, ils finissent tous deux par accorder leur
bénédiction à l’union de Ciboulette et Croûte-au-Pot.
Le Mariage aux Lanternes
Opérette de salon en un acte de 35 minutes.
Musique de Jacques Offenbach.
Livret de Michel Carré et Léon Battu.
Créée aux Bouffes Parisiens le 10 octobre 1857.
Offenbach composa en 1853 une petite oeuvre dont
le titre était Le Trésor à Mathurin. Mais son espoir d’être accepté à l’Opéra-Comique
ne se réalisa pas. Il retravailla la partition pour lui faire prendre sa forme
définitive du Mariage aux Lanternes" C’est dans cette forme que l’œuvre
fut créée aux Bouffes Parisiens le 10 octobre 1857. Elle sera incluse dans une «Offenbachiade»,
soit une invitation dans les salons de Jacques Offenbach pour y partager avec
lui les meilleurs moments des compositions du Maître. En créant cette oeuvre en
un acte, Offenbach marque une étape importante de son oeuvre.
Le jeune fermier Guillot balance entre trois
femmes : Fanchette, Catherine et Denise. Il demande à son oncle Mathurin conseil
et argent pour le mariage. Celui-ci lui apprend qu’il va trouver un trésor la
nuit suivant sous un arbre. Le soir venu Guillot retrouve Denise sous l’arbre et
leurs vœux de mariage sont exaucés.
Synopsis du Mariage aux lanternes
Denise, travailleuse et fiable, mais taciturne et
toujours triste, travaille à la ferme de son oncle Guillot. Elle n'a aucune idée
que son comportement résulte de sa timidité. Parce que Denise est amoureuse de
Guillot mais n'ose pas le lui dire parce qu'elle croit que Guillot décidera en
faveur d'une des deux veuves riches, Catherine et Fanchette, qui sont, après
lui, et de sa ferme. Guillot, cependant, cache ses sentiments pour Denise tout
aussi bien. Il est même jaloux parce qu'il suspecte Denise d’être tombée
amoureuse d'un gars qui était récemment au bal du village. Guillot avait écrit à
son oncle Mathurin pour lui faire part de sa douleur au sujet de Denise et avait
demandé l'argent pour le mariage, parce qu’il n’avait aucun qu'il allait
l'épouser. La réponse de l'oncle contient une demande mystérieuse : quand les
cloches sonneront pour les vêpres, Guillot doit se rendre au village où il
trouvera un trésor. Joyeux, Guillot lit la lettre à haute voix aux veuves,
croyant qu'il sera riche sous peu. Mais Denise elle aussi reçoit une lettre de
l'oncle, dans laquelle il l'invite à venir au village quand les cloches sonnent
pour les vêpres. Quand les deux apparaissent au rendez-vous, le sens de la
lettre s’éclaircit. Sous la lumière de la lanterne du veilleur de nuit, les
veuves curieuses sont témoin du baiser de fiançailles de
Denise et Guillot.
Pomme d’Api
Comédie mêlée de couplets.
Musique de Jacques Offenbach.
Livret de Ludovic Halévy et William Busnach.
Créée, au Théâtre de la Renaissance le 4 septembre
1873.
Pomme d'Api
est la première de toute une série d'opérettes proches de l'opéra comique.
Offenbach retrouve la pièce en un acte telle qu'elle lui était imposée à ses
débuts : c'est ici le prétexte à des variations délicieuses où alternent la
drôlerie (tel l'irrésistible "Trio du Gril") et la romance, avec une ingéniosité
rare et un sens mélodique qui n'a rien perdu de son impact et de sa verve
Chassés-croisés entre un vieux garçon, une jolie
servante et un neveu menacé d'être déshérité, tels sont les ingrédients de ce
triangle amoureux signé Offenbach.
Monsieur Choufleuri restera chez lui le...
Opérette bouffe en un acte
Musique de Jacques Offenbach
Livret de Monsieur Saint-Rémy, pseudonyme du duc
de Morny, 1861.
Créée au Théâtre des Bouffes-Parisiens le 14
septembre 1861
Un excellent vaudeville où Offenbach annonce la
mécanique folle et précise du théâtre de Feydeau et se souvient du génie
mélodique de Bellini. Ce titre étrange est une formule d’invitation du XIXe
siècle qui signifie : « Monsieur Choufleuri vous recevra chez lui à
telle date ».
Et pour ce riche bourgeois parisien, c’est le
grand soir : “Enfin, je suis chez lui !” s’exclame-t-il plein d’excitation et
d’orgueil. Le dédoublement de personnalité ira même plus loin. Car Choufleuri,
qui joue les mécènes et veut promouvoir les arts, a invité trois authentiques
stars de la scène lyrique de l’époque – Henriette Sontag, Giovanni Rubini et
Antonio Tamburini.
Or ces artistes lui font faux bond. Qu’à cela ne
tienne Choufleuri déguisé, bien qu’ignorant tout de l’art lyrique, se fera
passer pour Tamburini. La soprano et le ténor sont incarnés par sa fille et
celui qu’elle aime. Les deux amants profiteront cyniquement de l’occasion...
Le trio italien de Mr Choufleuri est l'une des
rares pièces parodiques d'Offenbach. Les trois personnages principaux doivent se
déguiser en chanteurs italiens et improviser un ensemble tiré selon les opéras
de Rossini, Auber, Carafa et Verdi. Offenbach nous indique donc bien qu'il écrit
une musique à la manière de…
Si la forme du trio n'est pas conventionnelle, car
elle résume à elle seule plusieurs situations dramatiques de l'opéra romantique
(duo d'amour, récitatif dramatique, scène de malédiction, parlando rossinien,
cabalette), son écriture en est très soignée. Offenbach répugne à faire rire par
des procédés purement musicaux : la palette est très limitée et les effets qui
en découlent souvent peu amusants. Il préfère déguiser sa musique en une musique
semblant sortir tout droit d'un bon opéra italien du milieu du XIXème siècle et
jouer avec ce déguisement. L'andante initial, sur des pizzicati des cordes et un
discret soutien harmonique des vents, se développe en volutes typiquement
belliniennes et parcourt fort classiquement le relatif mineur avant de s'échouer
à la dominante. La réplique du ténor reprend un procédé cher à Donizetti,
Mercadante ou le premier Verdi, à savoir la répétition d'une note légèrement
brodée, afin de créer une atmosphère d'angoisse ou de résignation.
L'entrée du père permet la mise en place du
crescendo qui caractérise immanquablement les ensembles romantiques et les
syncopes de la soprano sur des la aigus rappellent évidemment le sextuor de
Lucia ou les œuvres célèbres à l’époque, de Pacini ou Carafa. Le récit qui suit
reprend le procédé classique de la ponctuation à l'unisson des cordes et la
tournure mélodique "L'Inimico della patria" est plus vraie que nature. La
section rapide est un condensé de tous les finals d'opéras romantiques. Elle
débute sous la forme d'une cabalette sur un rythme de boléro, qui est la hantise
des violoncellistes du rang par sa difficulté d'attaque, et en même temps par sa
monotonie rappelant le Verdi sommaire des "années de galère". On a même pas eu
besoin de forcer le trait dans l'orchestration qui reprend la doublure
caractéristique de la trompette et du trombone, pour l'agogique, et de la
clarinette et de la flûte pour le chant, combinaison de timbres donnant cette
allure massive et légèrement bastringue à la majorité des compositions du jeune
Verdi. La scène de la malédiction qui interrompt la cabalette se moque bien
évidemment de Rigoletto, de quelques années antérieur, en accumulant
certains poncifs dramatiques (trémolos des cordes, accords altérés, plaintes des
bois, sextolets des basses) mais en évitant le poncif des poncifs… la septième
diminuée, preuve de l'élégance d'Offenbach qui se refuse aux trop gros effets
musicaux). La strette finale après quelques vocalises échappées de Lucia
se développe de manière irrésistible empruntant à Rossini le répétition
syllabique, à Donizetti les grandes arches montantes vers l'aigu et à Verdi
l'accélération finale qui oblige la soprano à aller décrocher un terrible
contre-ré naturel…
Le rire vient en fait de la contradiction avec une
musique dont le trait est à peine forcé et qui paraît quasiment "vraie" et la
loufoquerie absolue des paroles. Dès le récitatif initial où la soprano énonce "nativa
Monmartro, depuis l'anexione, c'est moins loin que l'Odéone", le ton est donné :
celui d'une bouffonnerie surréaliste extrêmement pensée, c'est-à-dire à la fois
délirante et intelligible. L'auditeur doit comprendre le sens général des
paroles pour en saisir toute l'absurdité, d'où la volonté d'Offenbach de mettre
en valeur certains mots (en les répétant, en les laissant à découvert ou en les
plaçant sur des dessins mélodiques qui les projettent bien vers l'auditeur). Au
passage, on remarquera que Morny a dû beaucoup s'amuser en évoquant les grands
travaux haussmaniens et l'agrandissement de Paris grâce à l'absorption des
communes limitrophes.
Le "grilloto d'amore" combiné avec le "voudra-t-il
donare la mano de sua figlia a l'inimico della patria" de l'andante résument
quasiment toutes les intrigues des opéras romantiques du XIXème siècle… Mais
c'est la strette finale qui provoque immanquablement le rire : tandis que la
musique dévide inexorablement des arpèges brisés montants et descendants, le
ténor et le baryton suivent l'orchestre en reprenant les noms des compositeurs
les plus célèbres du moment, d'abord des noms en "i" "Bellini, Rossini" puis
"Halévy", puis "Auberi, Davidini (Félicien David), Héroldini (Hérold), Wagnéri".
Les paroles passent alors à la soprano qui reprend imperturbablement "Bellini,
Rossini, Halévy, Auberi, Davidini, Héroldini, Wagnéri, Poniatowski"…
C'est du décalage entre la consistance classique
de la musique et l'incongruité totale des paroles que le rire jaillit
immanquablement, et ce, encore de nos jours… Offenbach a réussi à saisir en
effet, à la fois l'essence de l'opéra italien et en même temps l'image
stéréotypée qu'il pouvait prendre, surtout chez les néophytes. Il dépasse ainsi
un texte loufoque en le prenant à contre-pied et lui donne par là même une
universalité comique souveraine.
Biographie
de Jacques Offenbach (1819-1880)

En 1816, Isaac Eberst, violoniste, originaire
d’Offenbach-sur-le-Main, s’installe à Cologne avec sa femme Marianne et ses
enfants. Dans cette ville, il adopte définitivement le nom d’Offenbach. Le 20
juin 1819, naît Jacob, le futur Jacques Offenbach. En 1826, Isaac devient
chantre à la synagogue. Le jeune Jacob fait preuve de dons exceptionnels pour le
violoncelle. Il publie dès 1833 sa première composition. Isaac songe à emmener
Jacob à Paris, où il pourra plus sûrement faire reconnaître les talents de son
fils.
En novembre 1833, Jacob arrive à Paris. Le père
réussit à faire admettre ce dernier au Conservatoire de Paris dans la classe de
Vaslin. Tandis que Isaac repart pour Cologne, Jacob (bientôt Jacques) se
perfectionne, mais quitte au bout d’un an le Conservatoire dont l’atmosphère ne
lui convient guère. Il obtient une place de violoncelliste à Opéra-Comique où il
restera deux ans. Ses premières compositions (surtout des valses), ses concerts
dans les salons où il est introduit par Flotow lui assurent un début de
notoriété. Le jeune musicien fait également jouer ses oeuvres au Jardin Turc. Il
écrit beaucoup pour son instrument, ainsi que des romances. Le théâtre lyrique,
cependant, l'attire plus que tout. En 1839, il compose pour le théâtre une
première fois : Pascal et Chambord, comédie mêlée de chant est donnée au
Palais Royal sans grand succès. En 1844, Jacques épouse Herminie de Alcain qui
lui donnera cinq enfants. Le jeune musicien connaît quelques années difficiles.
Son véritable premier ouvrage lyrique, L’alcôve, est un échec. La révolution de
1848 le conduit à rejoindre quelques temps Cologne avec Herminie et leur fille
Blanche. Il revient à Paris en février 1949, puis nouveau voyage à Cologne
l’année suivante par suite du décès d’Isaac.
En 1850, il devient chef d’orchestre à la Comédie
Française où il compose les ouvertures et entractes pour les spectacles du
théâtre. Il restera dans cet établissement jusqu’en 1855. Musicien de théâtre
dans l’âme, Offenbach cherche des salles d’accueil. Ses tentatives pour être
joué à Opéra-Comique ayant échoué, il se tourne vers les théâtres privés. La
salle Herz donne Le Trésor à Mathurin le 7 mai 1853 et le théâtre des
Variétés Pépito le 28 octobre de la même année. L’accueil de la presse et
du public est excellent. Hervé, qui a obtenu quelques mois auparavant le
privilège d’ouvrir un théâtre (Les Folies Nouvelles), donne Oyayaye ou
La Reine des Iles d’Offenbach, ouvrage qu’il interprète lui-même avec son
complice Joseph Kelm (juin 1855). Pour être enfin joué, Offenbach décide
d'imiter son confrère Hervé. Après moult démarches, Offenbach obtient en 1855
l’autorisation d’ouvrir une salle, au Carré Marigny, proche de l’Exposition
Universelle. Le 5 juillet, l’inauguration de ces "Bouffes Parisiens" est un
triomphe avec au programme deux œuvres du nouveau directeur : Les deux
Aveugles et Une Nuit blanche.
Il travaille avec les librettistes Henri Meilhac
et Ludovic Halévy. Ses ouvrages scéniques reflètent la joie de vivre du Second
Empire et sont emplis d'humour, voire de propos immoralistes assez scabreux
(apologie du ménage à trois dans La Belle Hélène, du cocufiage réciproque
dans Orphée aux Enfers). Le compositeur fait la connaissance de la jeune
Hortense Schneider qui, dès octobre 1855, obtient un triomphe personnel dans
Le Violoneux.
L'hiver venu, le musicien installe son théâtre
dans une salle mieux située, au passage Choiseul, rue Monsigny, où il donne
successivement une série de petits bijoux musicaux en un acte. "Chinoiserie
musicale"sur un livret de Ludovic Halévy, Ba-Ta-Clan est créé pour
l'ouverture le 29 décembre 1855. Offenbach écrit beaucoup pour son théâtre : une
trentaine d'œuvres en un acte jusqu'à Orphée aux Enfers. On citera
Croquefer, Vent du Soir et Le Mariage aux lanternes (nouvelle
mouture du Trésor à Mathurin).
En 1856, il lance un concours d'opérette dont les
lauréats sont Charles Lecocq et Georges Bizet. Offenbach monte aussi Rossini et
Mozart. Il parvient à élargir peu à peu son privilège jusqu'à pouvoir donner un
opéra bouffon en deux actes et quatre tableaux le 21 octobre 1858 : Orphée
aux Enfers.
L’année 1858 marque un tournant dans la carrière
d’Offenbach, et l’on peut aussi le dire, dans l’histoire de l’opérette
française. La réglementation, qui limitait le nombre des personnages sur scène
pour un même ouvrage, est assouplie. Offenbach et Hervé, notamment, vont pouvoir
laisser aller leur imagination.
Après une mise en train avec Mesdames de la
Halle (5 mars 1858), la première grande opérette française voit le jour le
21 octobre 1858 : Orphée aux Enfers est l’événement de la saison. Le
départ est un peu difficile, Offenbach remanie plusieurs fois sa pièce et le
succès se dessine enfin. Les 228 représentations d'affilée de cette œuvre qui,
sous le masque de l'antiquité, parodie les mœurs contemporaines, prouvent
qu'Offenbach est devenu le musicien à la mode. L’année suivante, Geneviève de
Brabant (1859) obtient un succès plus mitigé. Offenbach réussit l'année
suivante à débuter sur les scènes officielles. À l'Opéra, le ballet Le
Papillon est très bien accueilli mais à l’Opéra-Comique, une cabale fait
tomber lourdement son premier ouvrage reçu, l'audacieux Barkouf. Il est
naturalisé Français en janvier 1860. Orphée fait un triomphe à Bruxelles
et à Berlin
Il reçoit la Légion d'Honneur en août 1861.
L’époque de la grande période "Offenbach" approche : en attendant, entre 1861 et
1864, le compositeur devient célèbre à Vienne où ses ouvrages seront
régulièrement représentés. Il fait la connaissance de la jeune chanteuse Zulma
Bouffar avec laquelle il entretiendra une longue mais discrète liaison.
Il collabore avec Scribe pour des livrets mais il
suscite des jalousies de ses confrères. Blessé, il prend sa revanche avec la
Chanson de Fortunio, acclamée aux Bouffes Parisiens A cette époque, il fait
un premier voyage à Vienne où sa musique connaît une grande vogue (phénomène qui
donnera naissance à l'opérette viennoise). Avec le duc de Morny, il écrit M.
Choufleuri restera chez lui le... et il raille le drame romantique dans
Le Pont des Soupirs. Au début de 1862, Offenbach abandonne la direction des
Bouffes Parisiens qui s'avère ruineuse et, durant l'été, il entame avec
Bavard et bavarde (Les Bavards), une collaboration régulière
avec le "Kursaal" de Bad Ems, station thermale mondaine proche de Coblence. Huit
ouvrages, dont Coscoletto, repris récemment, y seront créés jusqu'en
1867.
1864 est une année capitale pour Offenbach. En
février, l'Opéra de Vienne crée ses Rheinnixen (Les Fées du Rhin),
"grand opéra romantique" qui n’a été créé en France qu’en 2002. Ce n'est qu'un
simple succès d'estime. À Paris cependant, le décret sur la liberté des théâtres
ouvre de nouvelles salles au musicien, notamment les Variétés, où est créée le
17 décembre 1864 La Belle Hélène. C’est un triomphe pour les auteurs et
ses interprètes, Hortense (Hélène) et José Dupuis (Pâris. Cet opéra bouffe –
d'une extraordinaire liberté – inaugure une période de succès ininterrompus. Le
trio "infernal" Offenbach, et les librettistes Meilhac et Halévy, et les
artistes Hortense Schneider et José Dupuis secondent admirablement le génie du
compositeur. L'opéra bouffe devient un véritable phénomène de société, le
symbole d'une époque. L’exquise Hortense Schneider éclairera les dernières
années d’un Empire dont les fastes apparents masquent l’état de délabrement
réel. En 1866, Barbe-Bleue est également un succès. Et, le 31 octobre, en
prélude à l’Exposition Universelle de 1867, La Vie Parisienne déchaîne
l’enthousiasme du public au théâtre du Palais Royal, le théâtre de Labiche. La
pièce est si audacieuse qu'au fil des répétitions, l'inquiétude gagne la
direction, les interprètes et même les librettistes. Tout le monde doute, sauf
Offenbach. La première, le 31 octobre, lui donne raison car, dès ce soir-là, le
succès est prodigieux et tout Paris court admirer dans ce miroir impitoyable une
image que les auteurs ont déformée seulement en apparence. Offenbach a su
utiliser au mieux une troupe habituée à chanter les couplets des vaudevilles et
que renforce pour l'occasion Zulma Bouffar, engagée pour créer le rôle de
Gabrielle. La Vie parisienne continue à enthousiasmer le public pendant
l'Exposition universelle pour laquelle le trio a écrit La Grande-Duchesse de
Gérolstein créée aux Variétés le 12 avril 1867. En grande duchesse, Hortense
Schneider fait une entrée remarquée en pleine exposition. Triomphe de l’ouvrage
et d’Hortense, que les têtes couronnées du monde entier viennent applaudir sur
scène, et à laquelle princes et milliardaires offrent leurs hommages ou leur
fortune après la représentation. En cette année 1867, Offenbach est joué sur
cinq théâtres parisiens à la fois, en particulier à Opéra-Comique où l'on donne
son Robinson Crusoé.
1868 est l’année de La Périchole, opéra
bouffe grinçant, voire désespéré, avec la toujours irrésistible Hortense, José
Dupuis étant Piquillo. L’œuvre est créée le 6 octobre. On citera encore, au
cours de cette période Les Brigands qui n’a pas gardé, à tort, la même
notoriété que les ouvrages précédents. La même année, Le Château à Toto
ne convainc pas totalement au Palais Royal. Les rivaux d'Offenbach, Hervé et
Lecocq, remportent eux aussi des succès, sans parvenir pourtant à le détrôner :
en 1869, alors que Vert-Vert est joué à la salle Favart, La Princesse
de Trébizonde, le 7 décembre et Les Brigands, trois jours plus tard,
confirment sa domination
La guerre franco prussienne remet toutefois en
cause la carrière d'Offenbach qui, de par ses origines et ses succès sous
l'Empire, est un bouc émissaire idéal. Offenbach est injustement calomnié. Il se
réfugie un temps en Espagne avec sa famille. Sa musique jugée "décadente" est
accusée d'avoir démoralisé les Français et on lui reproche des liens avec le
pouvoir impérial qui n'ont jamais existé. En tout cas, si le nouveau climat
moral né de la défaite oblige Offenbach à changer sa manière, les quarante
partitions créées de 1871 à 1881 prouvent qu'il est toujours aussi fécond sous
la République.
Revenu en France au cours de l’été 1871, il se
remet immédiatement au travail. Après Boule-de-Neige (1871), nouvelle
version de Barkouf, Offenbach se tourne vers le genre de la féerie. En 1872, son
nouvel ouvrage, Le Roi Carotte, dont le livret est écrit par Victorien
Sardou, est créé sur la scène de la Gaîté. La même année, Fantasio,
d’après Musset, est donné à l’Opéra-Comique, dans une indifférence imméritée.
En 1873, Offenbach prend la direction du théâtre
de la Gaîté où il montera sous une forme "à grand spectacle " ses principaux
succès remaniés : Orphée aux Enfers et Geneviève de Brabant.
L’échec de La Haine de Victorien Sardou, ruine Offenbach qui abandonne la
direction du théâtre. Son successeur, Vizentini créera Le Voyage dans la lune
(1876). La Périchole, dans une nouvelle version élargie à trois actes,
fera les beaux soirs des Variétés. Au cours de cette période le compositeur sera
joué sur d’autres scènes. Il s’adaptera progressivement aux nouvelles exigences
du public qui vient de faire un triomphe à La Fille de Madame Angot de
Lecocq : La Jolie Parfumeuse avec Louise Théo (1874), Madame
l’Archiduc et La Boulangère a des écus (dernière collaboration
Offenbach-Meilhac-Halévy) et La Créole.
Quasi ruiné, Offenbach doit accepter en 1876,
malgré une santé qu’il s’altère de plus en plus, une éprouvante mais lucrative
tournée de trois mois aux Etats-Unis où il dirige ses principales œuvres. Au
retour, il peut défrayer tous ses créanciers.
Par la suite, ses pièces nouvelles sont moins bien
accueillies, malgré leur qualité. Offenbach cultive alors une veine plus
bourgeoise et patriotique pour reconquérir son public : Madame Favart
(1878) et La Fille du Tambour-major (1879).
En 1877, les Variétés présentent Le Docteur Ox.
Malgré les souffrances occasionnées par la goutte, Offenbach travaille d’arrache
pied. Il tente d’achever la partition des Contes d’Hoffmann commencée
quelques années plus tôt., et dont il attend beaucoup ; en même temps, il
compose Madame Favart et La Fille du Tambour-Major qui seront,
surtout ce dernier titre, de grands succès. En mars 1880, il se rend à Bruxelles
pour la création de La Fille du Tambour-Major. Mais sa santé décline
encore.
Surmené, malade, il meurt le 5 octobre 1880 alors
qu'il travaille à un opéra fantastique, ayant pratiquement terminé ses Contes
d'Hoffmann. Le triomphe remporté par cet ouvrage, salle Favart le 10 février
1881, couronne la conquête de Opéra-Comique dont le remarquable Fantasio
(1872) avait constitué la précédente étape. Aboutissement et non reniement, cet
opéra ne peut être séparé des 140 autres œuvres scéniques représentées qui
constituent le répertoire d'Offenbach et qui lui ont permis d'occuper une place
unique et prépondérante dans la vie lyrique européenne au XIXe siècle.
Les Contes d’Hoffmann recevront un triomphe
sur la scène de Opéra-Comique. Humour, verve, truculence, cocasserie, sont
quelques-uns des qualificatifs donnés à la musique d’Offenbach. Cette musique
joyeuse, spirituelle, tendre parfois, brillante, soignée, qui n’exclue jamais la
qualité musicale, rallie encore aujourd’hui tous les suffrages.
Offenbach, avec les livrets de Meilhac, utilisa
également de manière dérisoire la mythologie grecque, faisant des dieux et des
héros des êtres superficiels, idiots ou débauchés, reflets à peine voilés de la
haute société et de ses mœurs légères. Le détournement de l'Antiquité lui permet
ainsi de faire de violentes critiques de l'hypocrisie, du décorum (« Tout pour
le décorum ! » mot d'ordre de Jupiter) et de la bêtise de l'époque. C'est sans
doute parce que les opérettes d'Offenbach font rire des travers humains, qui ne
sont pas seulement propres à cette époque, que certaines de ses œuvres ont
conservé une force comique remarquable.
Mais son œuvre contient également des morceaux
lyriques d'une rare perfection, d'autant plus étonnants qu'ils se placent
souvent au milieu de bouffonneries. Ces passages évoquent avec une grande
tendresse ou avec malice l'amour éprouvé par ses héroïnes. Certaines des ses
héroïnes sont de charmantes «cocottes », jouets de la fatalité, comme la blonde
Hélène. D'autres héroïnes sont de jeunes filles, garçons manqués ou rêveuses,
qui découvrent l'amour et qui soupirent éperdument en pensant à leur amoureux.
Durant 35 ans, il a composé environ 90 opérettes
et opéras comiques, dont les plus célèbres sont La Belle Hélène, La
Vie parisienne, Orphée aux enfers, connu notamment pour le finale
détourné plus tard, sans les paroles, en french cancan, genre étranger à
Offenbach, Les Brigands (et le fameux « bruit des bottes »), etc.
Nombre de partitions ne nous sont pas parvenues.
Le15 juillet 2004, alors qu'on la croyait détruite, la partition d'orchestre
manuscrite de l'opéra fantastique les Contes d'Hoffmann a été retrouvée
dans les archives de l'Opéra de Paris. Cette partition, créée le 10 février
1881, avait disparu dans l'incendie de la salle Favart, le 25 mai 1887. La
partition de la version opéra fut également réduite en cendres lors de
l'incendie du Wiener Ringtheater (Vienne), en décembre 1880, conférant à l'œuvre
une réputation maudite.
Principales
œuvres (opéras et opérettes)
Le Trésor à Mathurin (1853)
Les deux Aveugles (1855)
Le Nuit blanche (1855)
Ba-ta-clan (1855),
La Rose de Saint-Flour (1856)
Le Savetier et le Financier (1856)
Dragonette (1857)
Le Vent du Soir ou L'horrible Festin (1857)
Une Demoiselle en loterie (1857)
Le Mariage aux lanternes (1857)
Les deux Pêcheurs (1857)
Orphée aux Enfers (1858)
Les vivandières de la Grande Armée (1859)
Geneviève de Brabant (1859)
Daphnis et Chloé (1860)
La Chanson de Fortunio (1861)
Le Pont des soupirs (1861)
Le Roman comique (1861)
Les Bavards (1862)
Lischen et Fritzchen (1863)
Le Brésilien (1863)
Jeanne qui pleure et Jean qui rit (1864)
L'amour chanteur (1864)
Die Rheinnixen (1864)
La Belle Hélène (1864)
Les Bergers (1865)
Barbe-Bleue (1866)
La Vie Parisienne (1866)
La Permission de dix heures (1867)
La Grande Duchesse de Gerolstein (1867)
Robinson Crusœ (1867)
L'Île de Tulipatan (1868)
La Périchole (1868)
La Diva (1869)
La Princesse de Trébizonde (1869)
Les Brigands (1869)
Boule de Neige (1871)
Le Roi Carotte (1872)
Fantasio (1872)
Fleurette (1872)
Les Braconniers (1873)
Pomme d'Api (1873)
Bagatelle (1874)
Le Violoneux (1875)
La Boulangère a des écus (1875)
Madame l'Archiduc (1874)
La Créole (1875)
Le Voyage dans la lune (1875)
Tarte à la Crème (1875)
Pierrette et Jacquot (1876)
La Boîte au lait (1876)
Le Docteur Ox (1877)
La Foire Saint-Laurent (1877)
Madame Favart (1878)
La Marocaine (1879)
La fille du Tambour-Major (1879)
Les Contes d'Hoffmann (1881, opéra posthume)
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